C'est regonflé par sa promotion en qualité de ministre de la santé et le le soutien de Jean-Pierre Rafarin que Philippe Bas s'est présenté le lendemain (jeudi 23 avril) à Avranches en réunion publique; mais devant une audience beaucoup moins acquise à sa cause.
Nous y reviendrons.

De Paris, les nouvelles de la circonscription n'ont pas été du meilleur cru en ce début de semaine.
Le communiqué de presse du président de l'association des donneurs de sang de Sourdeval, Juvigny-le-Terte, le Teilleul et Ger paru dans Ouest-France mardi dernier a dû faire l'effet d'une douche froide et une sérieuse alerte.
On imagine sans mal qu'une réunion de crise entre le Ministère et le 1bis rue Paul Primaux (siège de la permanence du candidat) a dû être organisée en toute d'urgence pour contrer l'effet de ce communiqué qui pourrait se révéler dévastateur en terme d'image pour Philippe Bas.
Depuis septembre, le candidat sillonne la circonscription en long et en large pour se faire légitimer auprès des élus locaux et de la société civile.
Le coup de gueule d'un président d'association pourrait non ruiner, mais effriter une partie du crédit acquis sur le territoire depuis ces longs mois.
Même si la parution du communiqué "destabilisateur" dans Ouest-France un mardi est un moindre mal, le mardi étant le tirage le plus faible de la semaine pour ce quotidien; la parution du même article dans les hebdomadaires, la Manche-Libre et la Gazette de la Manche, pourrait avoir un impact plus important et inquiétant. Ces hebdomadaires sont massivement lus dans le sud-Manche.
Le contre-feu du candidat UMP, autant il peut être rapide pour limiter les effets du communiqué dans Ouest-France en raison de sa parution quotidienne, à l'inverse dans les hebdomadaires, la réaction de Philippe Bas ne pourra être publiée que la semaine suivante.
Dès jeudi, Philippe Bas, dans les colonnes de Ouest-France, s'étonnait des propos du président de l'association : "la réunion s'est déroulée sans aucun esprit partisan, ni politique. (...) Mes propos ont porté sur l'encouragement au don du sang, de la moelle osseuse et au don d'organe (...)".
Nous devrons attendre la semaine prochaine pour lire le même communiqué dans les deux hebdomadaires.

Quelles seront réellement les effets de cette polémique sur la campagne de Philippe Bas? Aucune idée, il faudra vraisemblablement attendre quelques jours ou voire quelques semaines pour en avoir une petite idée.


Heureusement qu'entre temps, deux bonnes nouvelles (la promotion au gouvernement et la visite réussie mercredi de l'ancien premier ministre Jean-Pierre Raffarin à Saint-James) sont intervenues pour remonter le moral.
Remotivé, il fallait l'être pour retrouver les avranchinais lors d'une seconde réunion publique jeudi dernier.
Il se trouve en terre plus ou moins hostile à Avranches, fief  Guénhaël Huet, le maire dépossédé par Philippe Bas de l'investiture UMP pour les législatives. Et nombreux étaient les partisans du maire dans l'assistance.

Passé le traditionnel quart d'heure avranchinais, la réunion pouvait débuter.
Le ministre délégué et candidat évoque brièvement les rumeurs de sa prochaine nomination/promotion au poste de ministre de la santé : "ce n'est pas officielle". Trop modeste notre ministre délégué!
Le candidat commence par se présenter. D'abords ses origines : rouennaises et picardes. Ensuite il évoque ses activités dans la haute fonction publique.
Etrangement (ou volontairement) aucune mention de son parcours universitaire et autre (Science-Po, ENA): il est vrai que le commun des mortels se méfie des personnes formées par ces écoles et péjorativement qualifiées de "technocrates". 
"Serviteur de la République" se qualifie-t-il lui même. Il s'intéresse particulièrement aux questions  sociales (personnes en difficulté, personnes handicapées, personnes agées), de l'emploi et de la santé.
Après différents postes de conseillers dans des ministères, il devient directeur de cabinet de Jacques Barrot en 1995, alors ministre du travail.
Puis c'est l'ascension jusqu'au et au sein du sommet de l'Etat : la Présidence de la République. D'abord, conseiller social, puis secrétaire général-adjoint et enfin secrétaire général de la Présidence.
C'est quoi le secrétaire général nous demande le candidat Bas?
"C'est le Monsieur qui prépare les conseils des ministres", (...)
"C'est le Monsieur qui transmet les instructions du Président au gouvernement et aux ministres
".
Un poste drôlement important! donc.
La patrie reconnaissante, Jacques Chirac le nomme en 2005 ministre-délégué à la sécurité sociale, ... [ministère rattaché à celui de la santé].
Dans le cadre de sa nouvelle fonction, "il effectue de nombreux déplacements en Province, fait voter des lois (maltraitance, ...)".
Philippe Bas "se présente "pour l'élection législative dans la circonscription sur demande de René André (à l'époque député UMP), de Jean Bizet (sénateur UMP), de Jean François Legrand (sénateur UMP, président du Conseil Général), (...)".
Il termine sa présentation en affirmant "avoir la volonté de servir la circonscription grâce aux compétence acquises" (au sommet de l'Etat).

Viennent ensuite les questions-réponses. Et cela commence fort ...

  • La première question formulée par une personne, qui se qualifie d'"électeur désabusé", concerne l'abandon de poste de René André, le parachutage du candidat, son rattachement électoral, ...
    [D'autres questions relatives à la thématique (candidatures dans d'autres départements, ..) au cours de la réunion seront posées; pour simplifier, les réponses du candidat seront regroupées ci-après].
    Au sujet de son rattachement, le ministre vote sur le lieu de son activité principale. Il promet son "encrage total dans le sud-Manche, même en cas d'échec aux législatives". "Moi et ma famille habitons à Avranches".
    Philippe Bas répond globalement que les différentes accusations faites sont injustifiées.
    Il rend hommage à l'ancien député René André "qui a été un excellent parlementaire pour la circonscription".
    Concernant son parachutage et plus particulièrement à ses investitures dans d'autres départements, le candidat affirme qu' "il n'en est rien". Et l'explique. Sa candidature supposée dans l'Yonne : "rien du tout", dans la Seine-Maritime : "ma famille habite Rouen, (...), il y a eu un article dans la presse à ce sujet (...), aucunement il a été question de ma candidature dans ce département", dans le Morbihan : "j'ai juste une maison de vacances".
    Philippe Bas, quelque peu fatigué par ces éternelles questions, conclue le sujet : "c'est grave pour la démocratie de colporter des rumeurs infondées. (...) J'accepte les critiques mais pas les mensonges".
    Il répète à qui veut l'entendre "qu'il n'y a qu'un  seul candidat UMP! C'est Nicolas Sarkozy qui l'a décidé".
    Signalons le brouhaha ambiant des partisans de Guénhael Huet présents nombreux dans la salle devant les réponses, a priori peu convaincantes, apportées par l'orateur.
  • Viennent d'autres questions plus générales relatives de l'allongement du temps de travail, de la difficulté pour les cinquantenaires au chômage de trouver du travail, ...
    Les réponses apportées : "travailler plus pour gagner plus", "il est inadmissible que les plus de 50 ans ne trouvent pas de travail", ...
  • puis d'autres questions plus précises et locales comme la diminution des services publics à Ducey (plus de perception, de receveur des Postes), du devenir de la Sous-Préfecture, des tribunaux à Avranches, la fermeture envisagée d'écoles et de collèges dans le Mortainais ...
    Le candidat se veut rassurant en précisant qu'Avranches est un "pôle de développement, (...) il n'y aura pas de suppression d'activités". Par contre il dénonce la technocratie (sic) de l'éducation nationale qui "supprime dans le Mortainais des classes maternelles alors que les maires font construire des logements sociaux pour attirer les familles".
  • un moment de détente au cours de la réunion : l'intervention d'une personne quelque peu illuminée qui d'entrée affirme avoir personnellement "fait sauter la gauche!" lors des dernières élections législatives. Fou-rires immédiat dans la salle.
    Puis pose une question relative à l'Afrique que personne n'a comprise, Philippe Bas inclus, qui élude brillamment la question. Notre homme quelque peu "space" se lève et remet à Philippe Bas un sac contenant quelques livres (entre autres vraisemblablement "Tintin au Congo"????).
  • concernant les élections présidentielles, il soutiendra naturellement Nicolas Sarkozy.
  • Une question est posée au sujet de la rénovation de la ligne ferrovière Caen-Rennes et de l'aide financière exceptionnelle apportée par Philippe Bas (sous-entendue pourquoi René André n'a rien fait les années passées).
    Il explique que ce soutien financier est lié au contrat de projet passé entre la Région, l'Etat, le Réseau Ferré de France [organisme public propriétaire et gestionnaire les voies ferrées] pour les 5 ans à venir. Il a "déclanché l'aide au nom de l'Etat" (...) Sans moi rien!".
    Il défend René André en affirmant par exemple sa contribution essentielle dans l'amélioration des infrastructures autoroutières :"l'A84, c'est grâce à René André!".
    Démentis virulents dans le public. Extrait : "l'A84, c'est Jozeau-Marigné! [notable influent local aujourd'hui décédé : membre du Conseil Constitutionnel, président du Conseil Général, maire d'Avranches, ...]. René André a coupé le ruban!".
    Question suivante ...
  • la problématique de la médecine rurale est soulevée : de moins en moins de médecins ruraux, la question des médecins et pharmacie de garde le week-end, ... "Depuis 5 ans cela s'est dégradé" affirme une personne du public.
    Le candidat conscient de ces problèmes pour les avoir vécu personnellement préconise l'incitation des médecins à venir s'installer en zone rurale, de caler le lieu de la pharmacie de garde avec celui du médecin (même commune, pour éviter de faire des kilomètres), de mettre en place un service plus efficace du "15" pour palier à l'absence des médecins.
  • au sujet de l'absence d'aides au Centre d'Aide par le Travail d'Avranches, alors que les autres CAT locaux ont été soutenus financièrement.
    Réponse : il n'a pas reçu du-dit CAT de dossier de subventions.
  • question posée sur ses qualités et ceux de ses principaux concurrents en lice : lui : "tenace", Frédérique Heurguier (PS) : "appliquée" et Guénhael Huet (UMP dissident) "imprévisible"!!!!
  • la question des déchets ménagers, sujet hautement sensible dans la région, est abordée. Extension du site d'Isigny ou nouveau centre d'enfouissement à St Georges de Rouelley? demande une personne au candidat.
    Philippe Bas répond que "le Département [= Conseil Général compétent en la matière] n'a pas de schéma d'élimination des ordures ménagères. (...) Il refuse de prendre de décision tant que le conseil Général n'a pas acté".
    Il met en avant le principe de précaution face aux trois types de traitement possible : usine d'incinération (dubitatif à l'affirmation que ce type d'installation serait plus propre en terme d'environnement ), usine de méthanisation et centre d'enfouissement classique.
    Il serait favorable à un contrat de solidarité entre la commune "poubelle" (sur laquelle est installée soit l'usine, soit le centre d'enfouissement) et les communes productrices de déchets, le Conseil général et l'Etat, avec subventions à la clef.
  • La ligne électrique 70.000 volts entre Launay (Saint-James) et Avranches est évoquée par un participant.
    Philippe Bas ne répond pas directement à la question partant, à mon avis, du principe "qui peut le plus peut le moins" et aborde directement le problème de l'enfouissement des lignes électriques 400.000 volts [liées à la construction de l'EPR] qui doivent traverser le sud-Manche.
    L'enfouissement aurait des conséquences pour l'écologie (terrain grillé en surface par les rayonnements électro-magnétiques), de coûts (c'est-à-dire de surcoût).
    Réponse peu satisfaisante pour le "questionneur" qui souhaitait une réponse précise à la question posée (ligne Launay-Avranches). Il restera sur sa faim.
    [Au passage implicitement pas de remise en cause de l'EPR pour le ministre].
  • question plus politique et d'actualité. Philippe Bas est interrogé sur le "ministère de l'immigration et de l'identité nationale" que mettrait en place le candidat UMP Nicolas Sarkozy s'il est élu président.
    Le candidat local nous dit que ce ministère "ne le choque pas. Les immigrés doivent parler français et respecter les lois et les valeurs de la République."
    Il cite un passage d'une chanson de Michel Sardou "allons danser" : "d'où que tu viennes bienvenue chez moi en sachant qu'il faut respecter ceux qui sont venus longtemps avant toi".
    Un intervenant dans le public réagit ironiquement au candidat en rappelant l'expression du Premier Ministre Jean Pierre Rafarin (décidément) : "il faut avoir la positive attitude",  titre d'une chanson interprétée à l'époque par Lorie, grande chanteuse pour midinettes et préa-ados. Nouveaux fou-rires dans la salle.
    Plus sérieux, un autre intervenant raconte l'aide qu'il a apporté à une famille originaire du Kosovo et le peu de soutien reçu des élus locaux. Cette famille ne parlant pas à l'époque le français s'est très bien intégrée par la suite dans la société ...
  • Le vieillissement de la population et le devenir des anciens sont évoqués.
    Le ministre connaît bien le problème puisqu'il a en charge de ces questions.
    Il rappelle quelques chiffres : 1.100€ est le montant moyen des pensions et 1.500 € le coût moyen d'une chambre en maison de retraite en France.
    Qui paie la différence? Il suggère : si les revenus des retraités sont faibles une aide sociale serait allouée, s'ils sont élevés un soutien familial.
  • N'y a-t-il pas trop d'échelons territoriaux (commune, communauté de communes, département, région, pays, ...)? s'interroge un participant.
    Philippe Bas soutient inconditionnellement les communes,  lieu de vie, collectivité au plus proche du citoyen [même approche pour Philippe Duron, président du Conseil Régional lors d'une réunion publique à St Hilaire courant mars, pour info]. Des interrogations sur les communautés de communes : "sont elles toutes viables?".
  • Autre question sur contrôle démocratique des élus : pas de réponse.

Plus de deux heures de réunion, quelles conclusions.
Philippe Bas s'est plutôt pas mal sorti des pièges tendus par les "envoyés" de Guénhael Huet.
En qualité de gouvernant, Philippe Bas est un homme de dossiers. Il semble bien connaître a priori les problématiques du territoire. Localement, il peut compter sur Alain Jacquet, ancien attaché parlementaire de René André et bras droit du candidat, et sur le réseau des élus pour l'informer sur tous les sujets de la circonscription.
Les questions délicates semblent le crisper, au point d'être parfois un brin cassant à l'égard de son interlocuteur.
J'ai remarqué qu'il a très peu souri (contrairement à l'image que je m'en faisais) et jamais lancé un bon mot ou plaisanté pour détendre l'atmosphère durant ce débat. Un peu tendu peut-être par le climat parfois lourd de la réunion et les péripéties de la semaine.
Enfin pour ceux qui chercheraient à croiser le fer ou l'interroger sur des questions techniques, apportez avec vous les preuves de ce que vous avancez (chiffres, sources, référence, coupure de presse, ...) si vous ne voulez pas passez pour un c...
Pourquoi? D'une part, il maitrise bien la dialectique, il aura vite fait de vous mettre en port-à-faux et d'autre part il est persuadé de maitriser mieux que quiconque les chiffres et problématiques nationales et internationales (ex airbus et EADS) es qualité de ministre.
Vous voilà averti.

Désolé pour la longueur de cet article que j'ai souhaité le plus complet possible, même s'il est perfectible sur le fond et sur la forme.
Faites moi part de vos remarques à ce sujet. Tous commentaires ou mail sont les bienvenues.